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REBATET DANS LE JOURNAL LITTÉRAIRE DE P. LÉAUTAUD

(MERCURE DE FRANCE, 19 VOL.)

 

 Les Etudes rebatiennes remercient vivement monsieur le professeur Cédric V. 


vol. XIV (Paris, 1963)

 

En date du 26 juin 1942

DansJe suis partout d’aujourd’hui, un long tableau, fort bien écrit, sans trop de mélodrame ni de rhétorique, par Lucien Rebatet, de la déroute des armées françaises, en fuite vers le Midi, en juin 1940. Je dois l’avoir déjà noté, quelle ivresse ce doit être, quelle jouissance d’orgueil, peut-être pas dans le commun des troupes, et encore peut-être bien que si, mais chez les officiers, chez les Allemands cultivés, de se trouver ainsi en France, d’en fouler le sol, d’en courir les routes, d’en prendre ainsi possession ! La France ! la France ! Ce pays dont on avait dû leur parler dès l’école et ne cesser de leur parler ensuite ! Les soldats allemands qui ont pris part à cette facile conquête et qui survivront à cette guerre auront un beau souvenir. (p. 273)

 

vol. XV (Paris, 1963)

 

En date du 9 novembre 1942

J’allais l’oublier. Une bien drôle de surprise avec la visite d’Albertine. Son amant O. connaissait ou a fait la connaissance de Lucien Rebatet, l’auteur des Décombres. Il lui a parlé de moi. Albertine m’a apporté ce soir un exemplaire de ce livre, à elle envoyé par Rebatet pour m’être remis. Un envoi charmant : A Paul Léautaud, à Maurice Boissard aussi, pour lui témoigner vingt années de fidèle admiration. Le diable emporte cela. Cela a été mon premier mot à Albertine. Encore une lettre à écrire. (p. 18)

 

En date du 25 février 1944

Dans la chronique cinématographique de Je suis partout, numéro d’aujourd’hui, que je lis tout à fait par hasard, n’ayant qu’horreur et dégoût pour tout ce qui touche au cinéma, un passage où l’auteur, François Vinneuil, parle du tome II des chroniques dramatiques, qui font en ce moment sa « joie quotidienne », de ma façon de célébrer une rue de Paris, ou les mœurs de mes chats, ou les appas d’une jolie fille quand un spectacle ne m’inspirait pas et qui m’a fait écrire ainsi « cinquante chefs-d’œuvre de la prose française ». Je suis toujours surpris quand je lis cette appréciation, ou une analogue, sur ma manière d’écrire, appréciation qui ne m’intéresse pas, le « bien écrire » ne m’ayant jamais occupé et tenant le « bien écrit », dans le sens qu’on l’entend, comme tout à fait secondaire, et surtout visant ces chroniques, toujours écrites au dernier moment, en courant, en me fichant du « bien écrit », mais il est vrai, pour la plupart et pour les meilleures, avec grand plaisir. J’y connais même, moi-même, bien des imperfections, qui ne m’ont pas arrêté, et le correcteur de la N. R. F., pour les épreuves finales du volume, avait cru devoir m’en signaler, celle-ci entre autres : « Une maîtresse que j’avais avait la passion du mobilier. » Le fait est que ces deux avais avait ! Je l’en ai remercié en lui disant que je m’en moquais. Qu’est-ce qui peut alors motiver une appréciation comme celle de ce François Vinneuil ? Je finirai par croire que c’est, pour ces chroniques, d’avoir été écrites avec plaisir, avec entrain, avec vivacité, excitation d’esprit. Plus je vais, plus je le pense : ce qui fait l’écrivain c’est le ton, c’est le mouvement. La plupart des // gens écrivent d’une façon lente, qui dort, pour ainsi dire, sans chaleur. Aucun élan, aucune vivacité. Je ne l’aurais pas noté sans ce passage de cet article de Je suis partout : hier encore, chez la petite pharmacienne de la rue de Seine, dont je suis devenu client depuis quelque temps, une dame présente, me révélant qu’elle savait qui je suis, me disait combien on trouve vivant ce que j’écris, et tout à fait de même ton que ma conversation. Cet éloge, pas pour la première fois, me fait bien me moquer de toutes les autres qualités.

Ce qui n’empêche pas qu’aujourd’hui je me suis appuyé, pour mes courses, quatre heures de marche, chargé comme un mulet. Cela dans ma 73e année. (p. 300-301)

 

En date du dimanche 12 mars 1944

Dans Je suis partout, un excellent article de Lucien Rebatet : L’Académie de la dissidence. Un excellent portrait d’André Gide, presque complet. Rebatet note, comme je l’ai fait il y a peu, que Gide est un inverti, ce qui influence toute sa personnalité, double, instable, contradictoire, — j’ajouterai fermée à certaines choses, — et bien : le Retors, comme l’a si bien nommé Rouveyre, naïf, en bien des points [sic]. (p. 312)

 

En date du 13 mars 1944

Albertine me raconte que Lucien Rebatet a parlé de moi à un nommé Pourcin, un ami commun à lui et à O…, et que ledit Pourcin le lui a rapporté il y a quelques jours. Rebatet lui a montré la lettre que je lui ai écrite, au nom de François Vinneuil, pour le petit passage dans sa chronique cinématographique sur le tome II Boissard. Surpris et amusé que je ne sache pas que c’est lui. Il a dit à ce Pourcin qu’il va m’envoyer Les Décombres. Il a oublié qu’il me les a envoyés dès la publication, un exemplaire qu’il avait remis pour moi à O…, celui-ci lui ayant dit qu’Albertine me connaît depuis longtemps, vient me voir de temps en temps et qu’elle me l’apporterait. J’ai dit à Albertine de rensei- // gner sur ce point ce Pourcin, pour qu’il puisse le dire à Rebatet. Ma situation est un peu délicate à son égard. Le volume portait un envoi charmant, montrant qu’il me connaît de longue date comme écrivain. Je voulais le remercier. J’ai remis, toujours remis. Finalement, je n’en ai rien fait. Grandement tort dans ce procédé qui ne m’est que trop fréquent. Impolitesse, d’abord, et même risque de donner de moi l’impression d’un vaniteux et d’un poseur. Rebatet a également dit à ce Pourcin qu’il voudrait bien faire ma connaissance. Albertine pense qu’il va probablement m’écrire à ce sujet. (p. 313-314)

 

Vol. XVI (Paris, 1964)

 

En date du 30 août 1944

Albertine a appris de Monbergne (chef de Bureau à l’Instruction publique et ami de Lucien Rebatet) que l’équipe de Je suis partout est à l’abri, à Stuttgart. Il doit en être de même des équipes de pas mal de journeaux collaborationnistes. C’est une autre forme de l’émigration de 1793. (p. 52)

 

En date du 17 octobre 1944

Où peut entraîner l’esprit de parti quand on s’y trouve pris. Tout comme Jean Paulhan, Galtier-Boissière reconnaît que la presse d’occupation pouvait se lire, qu’elle comptait des gens de talent, Rebatet, entre autres, dont il trouve Les Décombres un livre remarquable, alors que les journaux actuels sont illisibles, rédigés par de pauvres bougres sans style et sans culture. Comme je lui demandais son avis sur le sort de gens comme l’équipe de Je suis partout, quand ils rentreront en France, ce qui arrivera bien un jour : « Ils seront fusillés. » Je n’ai pu me retenir : « Comment ! après tant de temps ! » Il est vrai qu’il est aussi d’avis que tout cela se tassera. (p. 107)

 

En date du 23 octobre 1944 (au sujet de la liste des écrivains « pestiférés » publiée par Les Lettres françaises datées du même jour) Commentaire de Léautaud :

Lucien Rebatet (équipe de Je suis partout. On ne lui pardonne sans doute pas ses Décombres et son merveilleux tableau des Académiciens de la Dissidence, portraits remarquables de Gide et de Duhamel). (p. 117)

 

Vol. XVII (Paris, 1964)

 

En date du 12 décembre 1946

Il paraît qu’une pétition circule dans le monde littéraire pour demander la grâce de Rebatet et de Cousteau récemment condamnés à mort, dans le procès de Je suis partout. Cocteau dit : « On est venu me la présenter. J’ai signé. Rebatet m’a quelque peu éreinté. Qu’est-ce que cela fait ? J’ai signé quand même. » Je lui ai dit sur-le-champ : « Vous avez bien fait. C’est très bien. »

Imbécillité, et honte, et manque du sens du relatif, de ces gens qui gardent comme un ressentiment pour des actions qui ne leur ont nui en rien, — et même leur eussent-elles nui, — et ont le goût du châtiment. (p. 65)

 

En date du 27 mai 1947 (à propos d’un article de Galtier-Boissière, sur le silence des communistes envers son œuvre)

Dans un autre morceau, Galtier-Boissière dit leur fait, avec preuves à l’appui, à certains flambards actuels : l’amazone rouge Elsa Triolet, un nommé Claude Roy, G. Adam, Jeander, Paul Éluard, le « faiseur » Roland Dorgelès, qui, tous, ont écrit dans des journaux de l’occupation, ou se sont fait éditer, comme Elsa Triolet, chez l’éditeur même des Décombres de Lucien Rebatet.

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